Les réputations, Juan Gabriel Vasque – Rentrée Littéraire 2014

L’histoire de ce livre ce concentre sur quelques minutes d’une vie, ces quelques minutes qui peuvent faire basculer les destins dans l’affirmation des vies, quelques minutes qui forgent les personnalités et restent cependant un lieu d’inconscient, d’oubli. De ces moments où l’on semble à la fois étranger au réel et saisit par une extrême lucidité. Ce moment où le tangible vous échappe mais crée au même instant, le fondement, des 30 années à venir sans que pour autant vous sachiez de façon éveillée quel vertige vient d’avoir lieu.

Faut-il regarder le passé ? Transmettre les moments de doute et de choix? Qu’est-ce que l’engagement politique ? Qu’est- ce que dire la vérité (ici par l’exercice de la caricature).
La spirale de la réputation ( ce qui fait l’engagement et le succès) mérite-t-elle l’impact qui se diffuse dans la vie personnelle de l’homme public ?

Comment vie privé, vie public engagement et création artistique peuvent-elles cohabiter sans couper le «créateur» de son attachement au réel ? Quel rôle doit tenir ( et ce dans quelle mesure) l’homme, le père, le mari, l’artiste, l’homme de pouvoir (médiatique) quand s’enclenche la spirale de la réputation ?

Ce roman est un questionnement sur le pouvoir, la légitimité, l’égo, l’humiliation, la façon dont le pouvoir, la société, dans ses incohérences et ses injustices, dans son hypocrisie et parfois son devoir d’engagement, dans son bon ou mauvais droit, fait et défait les réputations, fait tomber en disgrâce au premier soubresaut de personnalités exposées.

La trame, l’intrigue et le contenu questionnement le pouvoir médiatique, les ambitions, le rapport au miroir social.

On pense à « Karoo » de Steve Tesich, personnage assez imbu de lui même porté par beaucoup de cynisme et de mélancolie ou à « Persécution » D’Alessandro Piperno qui narre la descente aux enfers d’un homme, de pouvoir, accusé à tort de pédophilie.

A paraître le 21 aout 2014
Les Réputations
Juan Gabriel Vásquez / Seuil
Traduit de l’espagnol (Colombie) par Isabelle Gugnon
145 x 220 mm – 192 pages
9782021139181

18€

La fois où j’ai écouté ma mère

Image

Suite à une violent crise conjugale Mila et sa mère fuient leur domicile pour se réfugier au cœur du massif central, dans un hameau de femmes veuves géré de façon communautaire, sous l’autorité bienveillante de Mado, figure indépendante et engagée qui va offrir à ses femmes la possibilité de vivre leur vieillesse loin de la solitude, loin des hommes.
Un peu stéréotypé dans les 20 premières pages (violence, fuite, alcoolisme et crise économique..) le roman prend son envol pour devenir original et profondément touchant. Déscolarisée, Mila va apprendre grâce au don de soi et à l’entraide, à vivre Autrement, vivre dans la compréhension et la nature, l’apprentissage du savoir par la littérature, l’ouverture aux autres et la simplicité. Le chaos n’est cependant pas loin, surplombant les heures de réclusion bienheureuse auprès de ces femmes âgées auxquelles Mila apporte lecture et attention. Un chaos lié à la violence des hommes. Le refuge reste dans la nature, apprendre sur soi en laissant le paysage imprégner l’âme et les rapports humains. Trouver la douceur après la lutte et la violence, apprendre à transcender les non-dits familiaux et le respect de l’adulte meurtri.
Un texte fort, une bulle, l’expression d’un domaine des possibles. Un très beau roman porteur d’espoir et d’une belle utopie humaine.

La fois où j’ai écouté ma mère

Texte : Thierry Guilabert

Âge : 12 à 16 ans

Collection : Médium 9,50 €  (EAN13 : 9782211214353)

École des loisirs, avril 2014

 

« Une enfance de Jésus », J. M. Coetzee

J’ai hésité avant de faire une chronique sur le dernier livre de Coetzee car c’est un auteur que j’admire et dont j’aime beaucoup l’écriture, mais dont le dernier livre m’a déçue… J’ai du mal encore à dire pourquoi. Mais je suis malheureusement d’accord avec les nombreuses critiques négatives que j’ai pu lire sur ce roman. On termine le livre et on se dit : mais quel est ce monde ? Quelle est la morale de l’histoire ? Est-ce une fable ? Mais au moins, qu’on nous explique la mystérieuse clé du titre !! Pourquoi « Jésus » ?

Pourtant c’est un beau texte, peut-être avec quelques longueurs, beaucoup de réflexions, des personnages parfois un peu secs, un monde qui manque de consistance. A part le monde du début où l’on va pour se faire « inscrire », le monde des immeubles où habitent l’homme et le garçon qui sont les personnages principaux du livre, et le monde des docks, il n’y a rien… Est-ce un fait exprès ? Un monde nébuleux, où l’on ne doit plus penser, plus avoir de désirs, ne plus connaître sa langue ni son nom mais s’adapter si l’on veut survivre et participer à cette nouvelle aventure. S’accoutumer à ne manger que du pain, à travailler pour rien – mais de toutes manières il n’y a rien à acheter, alors !

Un monde qui pourrait être une de ces utopies passées ou futures où tout le monde dans la société gagne la même chose, vit la même expérience – et où tout de même l’on peut prendre des cours de philosophie et disserter sur l’existence des tables et des chaises. Un monde sans saveurs, au fond. Mais grâce ou à cause du petit garçon, l’homme n’en démord pas : la nourriture ici n’a aucune saveur, il veut quant à lui ne pas perdre ses pulsions, ses envies, il voudrait travailler pour une bonne raison. Il a du mal à s’adapter en somme, et même si tout le monde est très patient avec lui, on lui fera bien comprendre quand il s’agira de mettre son garçon à l’école que : ça ne va pas.

Il commence par confier le garçon à une femme qu’il a rencontré par hasard, mais dont il est persuadé que c’était sa mère dans leur ancienne vie… Puis lui donne son appartement, lui-même vit dehors. Puis il a un accident, perd son travail. Puis l’enfant ne veut rien entendre, ça ne se passe pas bien lors de son intégration à l’école… Il ne s’agit pas vraiment d’un message d’espoir que Coetzee nous donne là, mais cela fait réfléchir, il y a de très beaux passages et un monde parfois plus proche du nôtre qu’on ne le pense probablement. Dites-nous ce que vous en pensez !

Une enfance de Jésus - J. M. Coetzee

« Ubik », Philip K. Dick

Qui n’a jamais lu « Ubik » ? On me l’a offert récemment, et c’est une très belle découverte ! Dans l’esprit d’un Jasper Fforde que j’adore, de mondes bizarres réinventés – mais sans trop de détails, ce qui fait que l’on n’est pas non plus dans un vraUBIK - Philip Kindred DICKi roman de SF difficile à comprendre ou à s’approprier pour les non-initiés… Et on suit des personnages plutôt déconcertants mais attachants tout de même. Un monde où l’homme a développé des capacités telles que la psyché à un point tel que cela peut devenir dérangeant voire dangereux. Toute les aventures du groupe que l’on suit tendent à ce passage assez délirant où l’on se situe entre rêve, réalité, fiction, vision futuriste, on ne sait plus bien. Un clin d’oeil à Boris Vian ? En tous cas, une bonne petite lecture colorée pour les soirées d’hiver un peu grises !

Chloé Cruchaudet – « Mauvais genre » – Delcourt

 

 

Grâce à un dessin pointu et vif, riche de détails, Chloé Cruchaudet nous offre une bande dessinée somptueuse réalisée en encre de chine, avec des passages très « léchés » et d’autres plus estompés. Chloé Cruchaudet dans un souci de précision, utilise la couleur à de toutes petites doses, relevant un détail : une robe, un foulard, une tâche de sang, le rose des joues.

1913, Paul Grappe, peu après son mariage avec Louise part faire son service militaire. Lorsque la guerre est déclarée il est enrôlé comme caporal et part en première ligne défendre son pays. Témoin des horreurs, il s’auto-mutile pour échapper à la guerre mais à sa guérison il refuse de retourner sur le front et devient déserteur. Il retrouve Louise, complice. Au fil des jours, des semaines (le conflit continue et éloigne l’amnistie tant attendue) Paul passe ses journées dans une petite chambre, en proie à des cauchemars, préférant la compagnie du vin rouge à celle de Louise, le préférant tellement qu’un soir, pour boire davantage, il s’habille comme Louise, sort et parvient à passer inaperçu. Saisissant l’ingéniosité du procédé il décide de se travestir pour retrouver sa liberté. Chloé Cruchaudet aborde avec légèreté les étapes de transformation de Paul tout en montrant l’ironie de la situation.

Pendant 10 ans Paul sera Suzanne  et prendra goût très vite à sa nouvelle vie, aux dépens de Louise.

Le jour où les déserteurs sont amnistiés, tout peut redevenir comme avant mais en a-t-il vraiment envie? Et dans quelle folie sont tombés Louise et Paul? 

Ce roman graphique déjà sorti à la fin du mois de septembre est inspiré d’une histoire vraie et d’un ouvrage relatant avec de nombreuses archives la vie des Grappe « La garçonne et l’assassin ». ImageImageImage

Après avoir refermé l’ouvrage, on repense souvent à Paul, personnage touchant, à ses choix radicaux et sa liberté.

Vous pouvez aussi suivre le blog de l’auteur grâce au lien suivant http://cruchaudet.blogspot.fr/

Bilan de notre dernière réunion Book Club !

Pour ceux/celles qui veulent un récapitulatif de notre dernière réunion book club, nous avons donc parlé du dernier livre de Véronique Ovaldé, « La grâce des brigands », mais également de nombreux autres titres.

En effet, il y avait également des livres sélectionnés d’après la thématique de la photo :
– « Eux sur la photo » d’Hélène Gestern, Editions Arléa, a été très apprécié, il a d’ailleurs reçu le prix des lecteurs nantais
– « Le retoucheur » de Dimitri Stakhov chez Actes Sud rentrait dans la thématique mais la critique viendra peut-être plus tard…
– « Le coeur des louves » de Stéphane Servant est un roman ado paru dernièrement aux Editions du Rouergue, très beau, déjà apprécié par plusieurs lectrices
– « N » d’Eric Pessan aux Editions les Inaperçus : très original puisque le livre joue sur le lien avec la photo avec de vraies photos (!) – voir le dernier numéro de la revue « 303 » qui est dans cette thématique également
– « Photo, photo » de Marie Nimier, Editions Gallimard : on passe un bon moment, en se demandant tout du long si l’auteure nous mène en bateau, si elle invente…
– Deux livres de la collection « Photopoche »

Sinon nous avons également échangé sur les livres suivants, en vrac et pour notre (et votre, j’espère) plus grand bonheur :
– « Un jour j’irai chercher mon prince en skate » chez Actes Sud Junior, Jo Witek : peut même être lu par des collégiens, on remarque que la collection s’adresse à un lectorat plus jeune
– « Double jeu », Actes Sud Junior, Jean-Philippe Blondel : presque mieux que le dernier Marie-Aude Murail, on l’a comparé car la thématique est  semblable : le théâtre (même lectorat que précédemment)
– « Kinderzimmer », Valentine Goby, Actes Sud : très apprécié par celles d’entre nous qui ne l’avaient pas encore lu, le bouche-à-oreille continue de très bien fonctionner… A suivre de près !
– Les livres de Judy Blume : à découvrir absolument si vous avez de l’humour, si vous avez des enfants (ou pas)
– « Effacée » de Teri Terry, La Martinière Jeunesse : belle lecture
– « Scène de crime virtuelle », Peter May, Editions du Rouergue : l’auteur est toujours autant apprécié, même si la couverture déçoit
– « L’invention de nos vies », Karine Tuil, Editions Grasset : livre surprenant, qui fait partie de nombreuses sélections pour des prix

Vous trouverez également ici une interview de l’auteure V. Ovaldé (décidément, elle fait parler d’elle) : http://www.franceculture.fr/emission-du-jour-au-lendemain-veronique-ovalde-2013-10-23

Prochaine lecture : « Silo » de Hugh Howey chez Actes Sud, avec un autre livre au choix sur la thématique du Mexique…

A SUIVRE !!

L’empreinte à Crusoé, Patrick Chamoiseau

Si vous vous sentez l’âme philosophe, si vous voulez vous évader un peu, si vous êtes dans une humeur vagabonde, revenez Imagevers ce titre paru déjà en mars 2012 (et qui vient tout juste de sortir en poche). Patrick Chamoiseau en bon conteur nous emmène de nouveau sur l’île de « Vendredi ou la vie sauvage », ou sur l’île de Defoe… Mais c’est encore une version complètement différente qu’il nous livre là. L’aventurier est seul, et on aura une belle surprise tout à la fin de l’ouvrage quant à son arrivée sur l’île…  Mais je ne vous en dis pas plus !
Car au fur et à mesure du récit, un narrateur extérieur nous livre des pages de son « carnet de bord » ; on comprend qu’il est capitaine d’un bateau, qu’il cherche justement l’île où se trouve notre Crusoé, mais on ne sait pas pourquoi, et c’est assez étrange d’avoir les deux points de vue. Il y a quelques références assez claires au « commerce triangulaire », à un monde proche du nôtre mais en même temps d’une mentalité différente – jusqu’à quel point ? P. Chamoiseau dit s’être inspiré du livre de Guillaume Pigeard de Gurbert : « Contre la philosophie » (Editions Actes Sud). Il s’agit donc bien par moments de ce qu’il se passe dans la tête de ce Robinson très particulier, de sa « philosophie ». Il semble se sortir très bien de la situation sur l’île : il a des récoltes dans des champs défrichés par lui-même, il s’est construit plusieurs cabanes, il a domestiqué un certain nombre d’animaux, mais pourtant il aurait bien besoin d’une compagnie humaine pour échanger, pour parler (en simplifié !). Jusqu’au moment où il devient tel un « sage », pacifié, complètement dans son élément avec la nature qui ne lui est plus hostile mais le soutient.  C’est là qu’arrive le capitaine… – ou non ?

A lire et relire ! Et la question ultime : est-ce que c’est finalement le livre qu’on emmènerait sur une île déserte ?!!